Entre dans l’histoire : lis les premières pages de mon roman

Il y a deux semaines, je te dévoilais la couverture de mon roman.

Aujourd’hui, je te propose d’entrer dans l’histoire.

Voici le premier chapitre.


L’alarme du smartphone me tire brutalement du sommeil. Je me lève d’un bond et tape sur la touche « Arrêter » d’un doigt stressé. Durant plusieurs secondes, c’est le brouillard. Quel jour on est ? Où suis-je ? La réalité m’arrache un soupir de déception : non, je ne suis pas dans un hôtel de luxe à Acapulco, mais dans mon deux-pièces en banlieue parisienne. Avec vue panoramique… sur un chantier de résidence pour personnes âgées. Glamour.

Je soupire.

— Encore une journée de merde.

Noah traverse mon esprit. J’ai beau avoir rompu, je supporte mal son absence. Ce vide près de moi dans le lit.

Le malaise pointe. Je le fuis immédiatement. Pas ce matin. Pas encore.

Allongée, les yeux rivés au plafond, je visualise la journée : métro bondé, vingt-cinq minutes debout, compressée comme une saucisse dans un hot-dog. L’image est nulle, je sais. En même temps, il est 7 h du matin. Faut pas trop m’en demander.

Cela fait trois ans que je suis téléconseillère dans une plateforme d’assistance clientèle. Trois longues années à répondre aux mêmes appels, aux mêmes réclamations, avec le même sourire forcé dans la voix.

Pas le boulot de mes rêves, mais que voulez-vous, le marché du travail est difficile. Et il faut bien payer les factures. Quand la réalité nous rappelle à l’ordre, on ne peut plus se permettre de faire la fine bouche. 

Comme chaque matin, Amy traverse mes pensées. Je me sens encore plus abattue. Améthyste – Amy pour tout le monde – est morte deux ans plus tôt. Elle était ma sœur, ma confidente, le soleil incarné. 

J’aimais la taquiner sur sa veste en jean qu’elle ne quittait jamais. Les manches étaient trop longues, on distinguait à peine ses mains. Je trouvais ça curieux. Elle trouvait ça « stylé ». Amy ne faisait rien comme les autres.

Elle portait son nom mieux que je ne porte le mien : l’améthyste protège des mauvaises énergies, paraît-il… Et l’agate est censée apaiser l’esprit. Elle, oui. Moi… pas vraiment.

Avant même sa mort, j’étais déjà contrariée pour un oui ou pour un non : la météo, mon physique, mon boulot, mes amours… Toujours quelque chose qui cloche. Elle savait comment me ramener sur terre, comment désamorcer mes drames en un mot. 

Sa disparition m’a anéantie. C’est vraiment là que tout a fichu le camp.

Allez Agate, motive-toi. 

Je me redresse et mets un pied hors du lit. Qu’est-ce que je vais porter aujourd’hui ? Le ciel est nuageux. Avec le réchauffement climatique, le temps est devenu instable, alors ça peut changer. Je consulte la météo : pluie une bonne partie de la journée. 14 degrés. C’est bien ce que je disais : une journée de merde.

Je franchis le portique d’Edrexis, l’entreprise qui m’emploie depuis maintenant trois ans, spécialiste du e-commerce.

En pénétrant dans l’open space, je la vois : Gaëlle, la manager, en train de bavarder avec Mathieu. Je sens poindre un début de migraine. À croire que je suis allergique à cette femme : elle parle trop fort, rit trop fort, marche trop fort. Bref, l’excès incarné.

Je jette mon sac à main et ma veste sur mon fauteuil, et je file récupérer un café au distributeur avant qu’une foule s’amasse devant l’appareil.

Je reviens ensuite m’installer à mon poste de travail. J’allume l’ordinateur, je lance le logiciel et pose mon casque sur les oreilles. 

Je serre les dents.

Foutu logiciel, il rame encore ce matin. Excédée, je tapote des doigts sur le bureau. Au bout de quelques secondes, la page d’accueil s’affiche.

Le premier appel arrive bientôt.

Je m’éclaircis la voix :

— Edrexis, bonjour.

— Oui bonjour, je vous appelle parce que je n’ai pas reçu mon colis. Il devait être livré hier.

— Très bien, monsieur, nous allons regarder cela ensemble. Pouvez-vous me communiquer le numéro de la commande ?

L’homme répond d’un ton morne.

— Je ne le trouve pas.

Je soupire intérieurement.

C’est ça ouais, dis plutôt que tu n’as pas envie de chercher.

— Très bien, monsieur. Pouvez-vous me donner votre nom et l’adresse associée à la commande ? 

Bien que le client s’adresse à moi sur un ton sec, je m’efforce de rester courtoise et prends mon mal en patience. L’appel se termine quelques minutes plus tard. Je raccroche, enlève mon casque et m’apprête à noter le dossier quand une ombre se penche vers moi.

— Agate, juste un truc.

Gaëlle. 

— J’ai entendu ton appel, reprend-elle, à voix basse. Tu fais le boulot, hein… mais je te sens moins enthousiaste, moins impliquée avec les clients en ce moment.

Je me raidis.

— Je suis restée polie.

— Oui, mais si tu pouvais être un peu plus agréable… ajoute-t-elle avec un sourire tendu. Les clients le ressentent.

Elle marque une pause, et lâche :

— On a tous nos problèmes.

Puis, elle tourne les talons.

L’appel suivant arrive presque aussitôt, comme si les clients s’étaient passé le mot. Je remets mon casque, contrariée. 

Je réponds mécaniquement. Je parle, je rassure, je m’excuse. En réalité, je n’écoute qu’à moitié. La voix de Gaëlle tourne en boucle dans ma tête. « Moins enthousiaste. Moins impliquée. »

À la fin de l’appel, je note le dossier sans relire. Je fais une erreur. Je la corrige aussitôt. Mes mains tremblent légèrement.

Encore un appel. Puis un autre. Et un autre.

Quand l’heure de la pause-déjeuner s’affiche enfin à l’écran, je me déconnecte. Vite. Je n’ai qu’une envie : quitter cet endroit. Je range mon casque. Je prends mon sac, ma veste et je traverse l’open space sans regarder personne. Gaëlle rit quelque part derrière moi.

Il est vraiment temps que je prenne l’air.

Dans l’ascenseur, je dégaine mon smartphone et tape un SMS à Nathalie :

« Salut Nath, j’en peux plus de Gaëlle. Elle m’a encore fait une remarque à la con. »

Je ponctue ma phrase d’un emoji mécontent. 

« Encore ? Je te l’ai déjà dit : cherche un autre job. » répond-elle au moment où je sors de l’immeuble.

Je m’engage sur le passage piéton, les yeux rivés sur l’écran. Lorsque je tourne la tête à gauche, il est trop tard. J’ai juste le temps de voir un véhicule me foncer dessus.


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2 réponses à « Entre dans l’histoire : lis les premières pages de mon roman »

  1. Avatar de Sarah
    Sarah

    Magnifique travail ! J’aime le ton, les détails sur quelques éléments en particulier qui prendront certainement sens plus tard, je le sens bien. On s’identifie directement à Agathe. Elle n’a pas l’air très commode au premier abord mais cela créer aussi de l’intrigue sur son personnage. Elle décrit un quotidien en somme toute banal mais on voit quand même qu’elle pense pas mal. Elle semble tourmentée. J’ai hâte de savoir ce qui va lui arriver.

    Aimé par 1 personne

    1. Avatar de Stéphanie

      Agate ne donne pas l’image d’une boute-en-train, c’est sûr !😅 Contente que le début vous donne envie d’en savoir plus. Merci pour votre commentaire ☺️

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